Voici une petite histoire culinaire, avec quelques pointes d'humour, que j'avais écrite il y a
quelques années , et que j'ai retrouvée.
Ayant des invités le samedi, je m'organisais le vendredi pour faire les courses et préparer le dessert. Tout avait bien
commencé avec les 3 mousses au chocolat noir, chocolat blanc et crème de marrons, ravies de cohabiter dans de jolis verres transparents, d'autant que le chocolat blanc avait invité sa copine la
cannelle, connue pour son joyeux caractère. La fête a du battre son plein toute la nuit, car j'ai bien vu le lendemain, que les couches n'étaient pas aussi régulières. Enfin, qu'importe ! Je
décidais d'y ajouter au dernier moment, un petit spéculos, délicieux biscuit au sucre roux et à la cannelle.
Prise d'une soudaine envie, j'ouvris précautionneusement le paquet pour en goûter un ou deux. Au moment d'y plonger la main,
une idée me traversa l'esprit : combien y-a-t-il de calories dans un spéculos ? Je retournais le paquet pour tenter d'y trouver les renseignements, mais plus j'essayais de lire, moins j'y
arrivais, les écritures rapetissant au fur et à mesure de mes efforts.
- Allez, soyez sympas quoi, laissez-moi regarder ! Je vous promets que je vous mange tout de suite après.
Peine perdue ! Zut et zut, j'en croquais deux goulument, sous les ovations des biscuits restés dans le paquet.
Pour la salade, tout se passa bien aussi.
Elle avait déjà fait sa toilette, et attendait toute propre au fond de son sachet. Quel bonheur de la voir sauter dans le
bain de vinaigrette adoucie par le jus d'une demi-orange et relevée d'un peu de purée de piments ! D'autant qu'elle avait repéré son copain l'oignon blanc, qui attendait sagement en tranches
fines au fond du saladier. Les crevettes roses, elles aussi, furent adorables. Elles se laissèrent déshabiller en poussant des petits cris de joie.
-Tout le monde au bain, et au frigo, c'est climatisé ! Voilà une bonne chose de faite, pensais-je.
Mais tout ne fut pas aussi simple ! Le plus dur, quand même, ce fut d'attraper le lapin !
Je partis pleine d'entrain le vendredi après midi, au village voisin. Arrivée dans un petit bois, j'en repérais un de bonne
taille. Le problème, c'est qu'il courait vite, et que je ne suis pas très sportive. Au bout de 2 h de course effrénée, de gamelles, suant et soufflant sous la chaleur, je m'assis sous un arbre,
complètement épuisée et découragée.
-Bon, me dis-je, c'est un dur à cuire, va falloir ruser ! Réfléchis, trouve quelque chose !…
Une idée lumineuse me vint quelques minutes plus tard.
Je repris ma voiture et partis pour la grande ville la plus proche, en direction d'un magasin de déguisements, farces et
attrapes. J'y trouvais un magnifique costume de Lapinette, et l'enfilais sur le champs, pour gagner du temps. Je subis sans sourciller les regards amusés des conducteurs ! Tant pis, la faim
justifie les moyens !
De retour, j'avançais en tortillant du popotin vers l'endroit où je l'avais repéré, avec ma fausse carotte à la main. Dommage
que je n'ai pas pris de photo ! Vous m'auriez vue, j'étais sexy à mort !
L'attente ne fut pas longue. Au détour d'un fourré, il me sauta dessus, et je lui fis son affaire. Eu égard aux âmes
sensibles, je m'abstiendrais de raconter sa fin tragique.
Arrivée chez moi et le regardant de plus près, je m'étonnais :
-Qu'est-ce qu'il est poilu !
Heureusement, j'avais dans ma salle de bain, une excellente crème dépilatoire qui laisse la peau toute douce.
Le moment venu de m'attaquer au plat de résistance, je fis donc sauter les morceaux de lapin dans une bonne huile d'olive,
ainsi que les petits légumes qui sont toujours très coopératifs.
L'oignon émincé tout d'abord, la poitrine fumée toujours prête à se faire griller la couenne, les petites pommes de terre,
les carottes et les fonds d'artichaut, sans oublier de rajouter l'ail et le bouquet garni.
Tandis que je farinais ma préparation, et que j'y ajoutais un demi litre de bouillon,
j'entendais derrière moi, les bavardages des alcools. L'apéritif « Hypocras » vin à base de cannelle muscade gingembre
orange, narguait un peu le vin blanc, sous le nez du vin rosé, et des autres alcools :
- C'est toi qui va y passer, c'est sur !
- Pourquoi moi, se défendait le petit muscadet, j'ai une médaille d'or, moi ! Et pourquoi pas lui ? Continuait-il en montrant
le Saint Chignan rosé.
Ce dernier, piqué au vif, ne se laissa pas faire.
- Tu as déjà vu un vin rosé finir au fond d'une casserole ? Et puis, j'ai quand même une médaille d'argent, c'est pas la
peine de te la péter avec ta médaille d'or ! C'est bien toi qui va te taper le lapin !
Car si les vins adorent finir au fond de nos gosiers, servis dans de jolis verres à vin, « passer à la casserole » est pour
eux la pire des humiliations.
Je me retournais à ce moment là pour saisir, vous l'avez deviné, ce pauvre muscadet, tout tremblant d'indignation.
Son compte fut vite réglé : aussitôt débouché, aussitôt vidé dans le faitout. Une bonne odeur se dégageait déjà dans
l'appartement. Mumm…
Le repas fut donc réussi : on a bien mangé, bien bu, bien rigolé ! Les petites poires à l'eau de vie, en guise de « pousse
café », vinrent terminer ce déjeuner en douceur.
Mais s'il y a une chose dont je suis sure, c'est que c'est pas demain que je referais cuire un lapin, moi ! Un poulet
peut-être ? Ca court moins vite les poulets, non ?